L’art aux années 20 ou encore dit les années folles commence juste quelques temps après la Guerre mondiale. De 1919 à 1929, les années 20 sont marquées par une nouvelle aspiration de la liberté et par un bouillonnement important culturel et intellectuel. Après la guerre, les Français veulent redécouvrir le plaisir de s’amuser et retrouvent un intérêt particulier pour la culture.

Montmartre, le plus célèbre dans les années folles

Le boulevard de Clichy est ponctué par deux places mythiques de la nuit de Paris qui sont la « Place Blanche » (Jacques Dutronc) et la place de Pigalle. Le Pigall’s, courant de peinture française y a succédé au Rat Mort qui est l’ancien café de la Bohème. Courbet, Manet et Degas fréquentent beaucoup cette place.

Dans les années 20, ces lieux parisiens avaient un aspect champêtre, mais artistique et un peu canailles. Avant 1914, Montmartre a connu son apogée en construisant sa légende. Après la guerre, ces anciens faubourgs gagnent de la place au centre de la nuit parisienne et notable dans les années folles. Cela aide une partie de la société à oublier les milliers de morts et les conséquences de la guerre. Au lieu de faire son deuil, certaines personnes font la fête. Face à la pénurie, elles répondent par l’abondance et l’exubérance et à l’enlisement de l’effort de la guerre, elles choisissent la libération des corps et des esprits. Enfin, elles remplacent une époque de ténèbres par une illumination perpétuelle.

Pigalle : description des images

En 1925, Pierre Sicard peint le Pigall’s. Au début, cet œuvre est une tentative, mais après, il devient une réussite. Il représente le résumé d’un mouvement pictural de l’esprit des années folles. La composition se base sur un fondu délectable au premier plan jusqu’à l’arrière-plan. Étant un archétype des tableaux de la belle époque, la tablée centrale est entourée par deux couples féminins. À gauche, il y a des garçonnes agressives défiant du regard les deux femmes de droite qui sont plus pudiques et intimes. Les autres couples sont en position assise au deuxième et au troisième plan ou bien étroitement serrés au milieu d’une foule qui est en train de danser. Omniprésente, la couleur noire des fracs met en avant l’explosion de couleurs évoquant une fête en permanence.

La dorure et la rose satinée dominent l’ensemble de la tonalité et rappellent la couleur de la sensualité attribuée à Gilberto par Proust. Sur la photographie de Sicard, la récurrence des bars qui sont nus et tendus suggère une lascivité orientale en participant à un mouvement d’ensemble dansant.

Marcel Gromaire peint une de ses œuvres majeures « Place Blanche » en 1928. La figure féminine un peu ambiguë qui occupe la figure fait écho immédiatement. Comparé au boa exubérant dévoilant ses épaules et aux rangs de perles soulignent sa silhouette et sa nudité, la figure féminine est moins blanche. C’est la rose pâle de la robe qui symbolise la « place » sur la peinture. Les deux personnages masculins entourent la jeune femme, son ombre derrière elle, un groom à gauche disparaissant derrière son costume ne sont que des décors. Gromaire fait rimer « bar » et Par (is) à l’arrière-plan. Il se sert aussi de quelques lignes géométriques pour rendre la scène nocturne romantique et électrique. Dans ce paysage artificiel représentant la nuit parisienne, seulement le corps de la jeune femme fait dégager une lumière « naturelle ».

Marcel Gromaire: folie incandescente 

Marcel Gromaire (1892-1971) et Pierre Sicard (1900-1980) sont deux peintres appartenant à deux générations successives caractérisées par une culture picturale et ont vécu la guerre de manière différente. Dès 1911, Gromaire commence à exposer au Salon des indépendants à Paris. Après avoir reçu les conseils de Matisse, il devient passionné aux primitifs flamands. En 1921, il a réalisé sa première exposition personnelle qui révèle un peintre expressionniste sensible affichant une grande sensibilité à la ville et à l’homme qui y habite. Sur cette première réalisation, il utilise une palette assez sombre. C’est seulement à partir de 1920 qu’il commence à utiliser les couleurs vives dans sa légendaire peinture Place Blanche associant le Paris nocturne avec le nu féminin. Flamant et statuant, la figure féminine au centre évoque l’incarnation de la nuit incandescente des années 20 ou des années de folie de Montmartre.

Pierre Sicard: folie électrique

Pierre Sicard vient d’une famille passionnée de l’art. Son père, François Sicard est un sculpteur. Bien qu’il soit trop jeune pour participer au conflit, Sicard ressent déjà cette période d’épreuves. Pendant quelques temps, il a travaillé avec son père. Puis, il se consacre totalement à la peinture et réussit à exposer pour la première fois à Paris en 1924. Avec un style un peu postimpressionniste, son œuvre est représentée par la nuit parisienne, de ses music-halls et ses bars. La « Revue Nègre » est par exemple une de ses œuvres avec la collaboration de Joséphine Baber.

Le Pigall’s appartenant au musée Carnavalet est souvent prêté dans des expositions avec un trait au Paris des années folles.

Contrairement à Gromaire, Sicard préfère utiliser une lumière électrique à giorno pour sa toile en légèreté et en mobilité. Il donne une toute autre vision de la femme.